mardi 3 mars 2026

Quelques films de 2025

 

Oui, nous sommes en mars, mais je crois bien qu'on se laisse tous écraser par le quotidien. Ou n'est ce que moi (je ne crois pas, je crois qu'on se fait tous avoir par le néolibéralisme et la société capitaliste, qu'on a besoin de temps pour vivre en paix, et j'ai peur que ce soient des aspirations qui n'existeront pas en notre temps).

Quoiqu'il en soit, les Césars étaient la semaine dernière, on a vu passer les premières récompenses américaines, ce n'est pas un mauvais moment pour jeter un coup d’œil en arrière.

Quelques préférés fort peu récompensés :

Une langue universelle, Matthew Rankin, sortie janvier 2025 (Canada)

Bande-annonce

L'incroyable et absurde histoire d'un homme qui vit dans un Canada fantomatique dans lequel tout le monde parle persan, les objets et les gens ne sont pas ce qu'ils semblent être, et les visites familiales constituent d'inexplicables aventures. Splendide et poétique, avec un absurde plein d'une nostalgie douce amère qui rappelle Calvino ou Ionesco. Le cinéma n'est jamais aussi réussi que quand il nous propose des objets étranges, qui sont des œuvres de cinéma et des œuvres d'art en tant que tel.

La Pampa, Antoine Chevrollier, sortie février 2025 (France)

Bande-annonce

On me dit régulièrement que le cinéma français est fini, qu'il n'y a rien à voir, que des mélodrames de bourgeois du VIe ou des comédies stupides et grasses, mais je ne suis pas d'accord, il me semble qu'en ce moment, régulièrement sortent de bons petits films français, qui ont des postures originales. C'est le cas ici, avec ce drame qui se déroule dans une petite ville à quelques kilomètres d'Angers, parmi les champions de l'équipe de cross locale. Les deux héros sont meilleurs amis, en pleine adolescence, et vont devoir traverser cette période dangereuse, pleine de bouleversements, et découvrir à quel point les adultes se montrent parfois indigne de l'image rassurante qu'on leur prête. Beau film, beau propos, interprétation maîtrisée des deux jeunes premiers rôles. L'un des bons films de cette année. Le choix de titre commercial en anglais "Block/pass", me semble plus révélateur, et peut-être plus approprié que La Pampa, qui nous dit assez peu du projet.

Black dog, Guan Hu, sortie mars 2025 (Chine)

Bande-annonce

Dans une ville en déperdition, que le romantisme et notre culture cinématographique nous fait immédiatement relier au western, un homme sort de prison, s'installe, et rencontre le chien noir qui sème le désordre dans les rues. Les deux sont sauvages et durs, mais vont finir par s'attacher l'un à l'autre. Les décors sont stupéfiants, les paysages mystérieux, et l'ensemble est romanesque : c'est un film dont on emmène l'univers avec soi. Étonnant pour un réalisateur qui a principalement fait du cinéma d'action (mais dont on note le nom).

Ce n'est qu'un au revoir, Guillaume Brac, avril 2025 (France)

Bande-annonce

Deux histoires filmées côte à côte, dans lesquels Guillaume Brac filme des adolescents avec sa bienveillance et sa délicatesse singulières. Les premiers sont les internes d'un lycée dans la Drôme, qui ont trouvé les uns avec les autres une seconde famille et on recréé ensemble une sociabilité protectrice. Mais voilà, l'été arrive, et en septembre, il faudra se séparer : les jeunes cœurs sont aussi tristes que ceux des spectateurs touchés. Les secondes sont deux jeunes filles de Hénin-Beaumont, à fleur de peau et perdues dans les affres des intenses amitiés adolescentes. Dans les deux parties de cette jolie œuvre, le réalisateur nous montre des adolescents magnifiques, terriblement touchants : c'est l'art du portrait (d'abord des différentes parties d'un beau collectif, puis de deux individualités fragiles et bouillonnantes) à son meilleur. Mon affection pour le cinéma de Guillaume Brac n'a pas de fin.

Partir un jour, Amélie Bonnin, sortie mai 2025 (France)

Bande-annonce

J'ai parlé plus haut du cinéma français, voici une comédie dramatique avec un petit charme doux. Notre héroïne est une cheffe parisienne qui va devoir se confronter à un retour en province, dans le restaurant routier de ses parents (oui c'est un trope de comédie romantique). Elle va évidemment retrouver le beau gosse dont elle était amoureuse en lycée, et une situation pleine d'hésitations va s'installer. C'est un film confortable, on s'y sent bien comme avec des copains, et la chanson éponyme susurrée par Juliette Armanet en résume parfaitement les charmes.

Ghostlight, Kelly O'Sullivan, avril 2025 (États-Unis)

Bande-annonce

Éprouvé par un deuil plus grand que lui, un père de famille puise dans sa participation au Roméo & Juliette du club de théâtre local, la force de survivre à sa peine. S'il n'est pas fabuleusement subtil, Ghostlight parvient à démontrer avec une grande efficacité (et beaucoup d'émotion) le pouvoir salvateur de l'art et du collectif sur les plaies de l'âme.

Sirat, Oliver Laxe, septembre 2025 (France, Espagne)

Bande-annonce

Dans le milieu des rave parties, un père et son fils recherchent le troisième membre de la famille, leur fille et sœur, disparue récemment. Cette quête les entraîne de soirées en soirées dans une épopée désertique qui semble infinie, et leur fait rencontrer un groupe de personnages fabuleux. Il y a beaucoup de choses à aimer dans Sirat, et la moindre n'est pas le choix délibéré du réalisateur de traiter son histoire comme une parabole pleine de symboles. À partir de là, la narration choisit des détours imprévisibles et soumet le spectateur à des surprises auxquelles il n'était plus habitué. Les images, qui semblent régulièrement faire hommage au travail du dessinateur de bande dessinée Moëbius, et la musique minimaliste, nous plongent dans un univers onirique troublant. Ce film aurait pu être une bande dessinée de la collection À Suivre dans les années 70, et je pense qu'on aurait tout intérêt à continuer à s'intéresser aux créations d'Oliver Laxe.

J'ai aussi vu quelques films plus anciens, mais cet article est déjà long. Parmi mes coups de foudre immédiats on trouve donc Snake Eyes (Brian de Palma, 1998, immense plaisir visuel et film généreux avec son spectateur), Rosita (Lubitsch, 1923, qui m'a fait comprendre le fanatisme des cinéphiles pour les vedettes du noir et blanc avec la beauté surréelle de Mary Pickford), Body Double (De Palma, 1984, fantaisie jouissive où De Palma fait *n'importe quoi* et je ne l'en aime que plus), Les incorruptibles (De Palma, 1987, La scène de l'escalier ! Vous saviez, je ne savais pas, quelle joie de la trouver là !), Amadeus (Milos Forman, 1984, une splendeur, j'en suis encore émerveillée, j'y reviendrai encore et encore), Les Diables (Ken Russel, 1971, j'aime sans fin ce film fou mais Ken Russel est mon chouchou), Compartiment n°6 (Juho Kuosmanen, 2021, mon coup de cœur de cette année, que je reverrai, et qui fait, avec Anora, que je crushe respectueusement sur les personnages interprétés par Iouri Borrisov).

C'était une bonne année de cinéma. J'espère que 2026 sera aussi satisfaisante.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les nombreux défauts de Perfect (James Bridges, 1985)

  (Avertissement : attention ceci est un long article pas tout à fait réussi, provenant du live-watching sur Mastodon d'un mauvais film ...