samedi 28 mars 2026

Les nombreux défauts de Perfect (James Bridges, 1985)

 

(Avertissement : attention ceci est un long article pas tout à fait réussi, provenant du live-watching sur Mastodon d'un mauvais film que je considère pourtant avec affection. Si vous voulez retrouver un article plus maitrisé, il faudra sans doute attendre le prochain. Cet article illustre bien l'épisode sur le hate watching du podcast "Une invention sans avenir", qui mérite d'être écouté. Bref, vous êtes prévenu-es et on y va).

Ne me dites pas que vous n'aimez pas les mauvais films, je ne vous croirais pas. Il y a toujours quelque chose à apprécier dans un film raté, ne serait-ce que parce qu'on remarque moins une mécanique parfaitement huilée qu'un engin malade lancé à pleine vitesse en train de dérailler de toutes les manières inattendues que les lois de la physique ne devraient pas raisonnablement lui permettre. C'est drôle, c'est facile à analyser, et ça illustre bien souvent des choix artistiques malheureux.

Alors si en plus le film en question est assez mauvais pour avoir valu un bataillon de razzies (dont celui du pire scénario) à son équipe, qu'il date de la pleine période flamboyante du pastel années 80, et qu'il met en scène de jeunes John Travolta et Jamie Lee Curtis, comment se priver de le voir ? Je sais, objectivement, il y a tout un tas d'excellentes raisons, mais si on se range à celles-ci, il n'y a pas d'article, donc, on ne les écoutera pas, chut chut les Jean-Luc Godard intérieurs, chut chut les Pauline Kael de canapé).

Donc, retournons à Perfect, 1985, écrit et réalisé par James Bridges, qui, d'après le sujet de ses autres œuvres éprouvait une fascination pour la figure du journaliste et les enquêtes de terrain (les pauvres). Je ne peux même pas vous cacher l'affiche pour faire croire que le spectacle va nous surprendre et qu'on va s’intéresser à autre chose que ce que celle-ci nous vend.

Oui, c'est le sujet

John Travolta (qui en est ici à son 11e film), incarne Adam Lawrence, un journaliste New Yorkais débutant qui cherche un sujet et se retrouve sans conviction à travailler sur un club de fitness Californien qui sert aussi de club de rencontres. Dès les premières minutes de film, il est évident que rien n'est sérieux dans cette histoire, et que l'ensemble est une excuse pour faire jouer des gens jolis. À ce stade, il est encore possible de s'illusionner et de croire que James Bridges a une vague idée de ce que fait un journaliste au quotidien, et que c'est sous cette couverture qu'il choisit de nous présenter son club de sport 80's.

La caméra, elle, a bien compris ce qu'elle devait filmer, et nous offre dès les premières minutes des plans plutôt réussis, où les très beaux visages des acteurs se dévoilent soudain sur des fonds colorés : le spectateur est ébloui, les acteurs sont beaux comme des boîtes de conserve Warholiennes. Travolta, qui incarne donc un journaliste au pinacle du journalimsme, est d'une élégance beaucoup trop preppy pour être réaliste, c'est déjà un indice de la catastrophe à venir.

C'est guidé par un jeune homme beaucoup trop blond et trop bronzé, vêtu d'une splendide crop top bleu layette, que le spectateur accompagne Travolta dans le gym, et il n'est pas déçu : cette salle de sport est l'incarnation parfaite du playset Workout Center de Barbie -sorti en 1984, on se documente ici (la publicité pour ce jouet vaut bien le film de James Bridges). Et je me moque à peine : la boutique de vêtements est un élément important de la visite que va faire Adam.


Le gym de Barbie

Maintenant qu'il est désormais établi qu'aucun scénario solide ne sera approché durant le tournage, on peut se détendre et apprécier l'esthétique 80's et les chorégraphies, que le chorégraphe a choisi les plus révélatrices/ridicules possibles. Ce n'est ni beau, ni gracieux, ni réaliste, mais tout le monde arrive quand même à être super horny, et c'est dans ce maelström de transpi et de spandex qu'apparaît la deuxième vedette du film : une Jessie/Jamie Lee Curtis prof d'aérobic qui boude très très fort (elle déteste sans doute les chorégraphies aussi). Dans la mesure où il n'a pas d'autre raison que "Pourquoi pas ?", Adam/Travolta se met immédiatement à la draguer, avec des dialogues ineptes.

Pendant que là-bas, sur la côte est, où les journalistes portent des pulls côtelés et boivent des alcools forts (c'est à ça qu'on les reconnaît), un directeur de la rédaction moustachu fait semblant de trouver ce projet d'article périlleusement nul révolutionnaire et palpitant, ce qui donne au réalisateur qui a l'air de lutter pour trouver des scènes l'occasion d'un coup de fil totalement inutile, qui ne dit rien de l'intrigue et ne caractérise personne.

Mais ce n'est pas trop grave, car les scènes de drague sont nulles, elles aussi. Adam/Travolta empile des phrases vides (on apprend qu'il n'aime pas les brocolis) qui ne font sens ni pour son interlocutrice ni pour le spectateur, on est dans le tell, et alors surtout pas le show, ce serait vraiment dommage d'utiliser les riches codes du cinéma pour nous nous faire comprendre quelque chose.

Jamie a un super look ET des dialogues inconsistants

Il y a une enquête bis : elle consiste pour Adam/Travolta à rester assis dans un club de strip tease en prenant l'air intelligent (ce qui a l'air difficile, car il faut en même temps rester très photogénique pour satisfaire le directeur de la photographie). On comprend qu'il y a vu des personnes qu'il n'était pas censé y voir, mais comme cela n'intéresse ni le scénariste, ni le réalisateur, ni personne dans l'équipe du film, on en restera là. Parce qu'heureusement, l'enquête principale du futur Pulitzer progresse vite (coucher avec Jessie/Jamie Lee Curtis et nous imposer la vision de chorégraphies nulles où on bouge le bassin en regardant l'autre acteur avec l'air très content - le spectateur ricane, on ignore comment la cameraman a gardé son sérieux). La BO 90's, qu'on espérait propice à nous faire pardonner la longueur des séances de sport, est très oubliable.

Et hop, on lève les bras !

Élément d'histoire trop vite passé : on comprend que dans le club, on donne mauvaise réputation aux sportives dont on juge qu'elles s'amusent un peu trop avec les sportifs. C'est sexiste et c'est bête, cela reflète quelque chose de la vision américaine de l'époque.

Comme il n'y a pas d'intrigue décelable cachée dans tout le gym de Barbie, on apprend soudain de Jessie/Jamie Lee Curtis qu'elle ne fait pas confiance à Adam/Travolta, car elle a déjà eu des problèmes avec un journaliste au cours de sa précédente carrière de sportive de haut niveau. On rencontre aussi sa mère, mais on ne sait pas pourquoi, et on la reverra pas, puis on vit un autre appel au journal à New York (cette fois-ci jugé tellement inintéressant par le réalisateur qu'il met de la musique d’ascenseur par dessus).

Le film enchaîne les scènes et les ambiances, on sent le réalisateur empêtré dans son propos inconsistant. Il ne prête pas d'intérêt au sujet, puisqu'il s'agit de montrer des corps. Mais si c'est un film, il faut bien qu'il se passe des choses, que les gens se parlent ? C'est le moment parfait pour rappeler l'enquête secondaire d'Adam/Travolta, qui se fait suivre à son hôtel à cause de ce truc inintelligible qu'il a découvert, et dont le seul but narratif est de nous montrer qu'il est un vrai journaliste, et donc apte à... à quoi d'ailleurs ? À se trouver là ? Avec son petit t-shirt en sueur ? Ah, non, à assister à un spectacle de chippendales donné par un client du club déguisé en quarterback, devant une assemblée féminine en joie.

Nous sommes dans le cœur de l'enquête sportive d'Adam/Travolta, qui jusqu'ici a surtout beaucoup dragué, papoté, sué, et maintenant le film est en retard, il va falloir vite nous montrer de quoi il est question, alors hop ! Cut vers une soirée d'anniversaire du club de gym, où le chippendale demande en mariage sa fiancée, et où la cliente du club (Linda, qui ressemble à Midge, l'amie rousse de Barbie, mais a vraisemblablement des passe-temps plus dynamiques qu'elle partage généreusement avec le collectif masculin du club) avoue d'une jolie voix triste à Adam/Travolta que cette quête de la perfection physique cache une peur de la solitude. La scène est presque réussie, et pendant quelques instants, on a l'illusion que le film pourrait avoir un propos. C'est allé trop vite, mais on est capable grâce à cette scène de reconnaître quelques membres du club : il est donc temps pour une collègue photographe d'Adam de venir prendre quelques clichés qui vont accompagner l'article.

Le film est un grand machin mal rythmé, Travolta et Curtis ont entre eux l'attraction d'un brochet et d'une pipe, mais l'histoire avance cahin-caha : Jessie utilise ses maigres compétences informatiques pour fouiller l'ordinateur d'Adam et y lire un article sexiste, méprisant, qui ne protège pas l'anonymat des personnes. Elle l'efface donc et traite le journaliste de "sphincter muscle" (trou du cul en langage médical) avant de claquer la porte fâchée, sur un Adam qui se prend aussi un crochet par un des sujets de l'autre article (le machin sérieux que personne n'a trop compris précédemment et que le réalisateur n'a pas très envie de nous expliquer lui non plus).

Le département costumes est solide sur ce film, mais c'est bien le seul

Suite à cette affaire, le film reprend son rythme effréné : Adam s'en veut, livre un papier beaucoup plus intello et bienveillant que prévu, son rédac chef regrette le papelard licencieux plein de fesses et de honte et fait tout réécrire; bonus de drama sale sur la sexy prof d'aérobic inclus (Jessie avait bien raison de se méfier, sacrés journalistes New Yorkais). Mais au moment où devrait donc éclore le malentendu, source de prises de tête cinématographiques palpitantes et faciles à filmer, Adam est au Maroc pour une troisième enquête : le nœud dramatique va donc être géré depuis un restaurant bruyant avec une danseuse du ventre (seule variété qui existe au Maroc, comme tout le monde le sait). Adam est au téléphone, pour la scène la plus inintéressante possible, ce qui nous permet juste d'entendre Jessie le traiter à nouveau de "Sphincter muscle" (sur fond de musique arabisante, cependant).

Il est temps de retourner au gym, et à partir de ce moment, la fin du film sera un empilement de séquences plus haché que ce qui a précédé. Adam rentre et va essayer de s'excuser auprès de la femme dont le film essaye de nous faire croire qu'il est amoureux. Par un choix cinématographique inexplicable, la scène se passe pendant une chorégraphie ridicule (encore une), il se prend une baffe, est poursuivit par tout le club en colère dans une sorte d'hommage involontaire à Benny Hill, qui passe bien sûr par les douches des femmes, car pourquoi pas ?

Et saut à New York brutal : après ce succès, Adam débarque à sa rédaction avec une batte (!) et détruit le bureau du rédacteur en chef, avant de se faire convoquer par le FBI pour témoigner dans l'affaire n°2, "truc bidule patron de boîte informatique qui a une maîtresse". Après toutes ces émotions, il passe un long moment dans son appartement New Yorkais, assis sur la moquette, à regarder le vide. On va dire que je fais du mauvais esprit, mais Céline avait sans doute eu une vision prémonitoire de son air troublé, quand il avait écrit "l'amour c'est l'infini à la portée des caniches."

Pendant ce temps, en Californie, Jamie Lee fait de la corde à sauter du même air grognon qu'elle a eu pendant tout le film. On remarque quand même qu'elle a lu le journal mentionnant le témoignage d'Adam pour l'affaire informaticien libidineux, et ça la laisse pensive (mais on ne sait pas trop à quoi, peut-être qu'elle pense à du fromage fondu, comme dans les Sims).

Hop, on re-coupe ! Témoignage d'Adam à New York. Sans doute parce que le gym paye bien mieux ses profs de sport qu'en France, ou parce que l'inflation n'était pas encore passée par là, Jessie apparaît pour l'entendre. Elle le regarde témoigner avec des yeux de ruminant émotionné, et c'est troublant de se dire que le fait d'avoir lu son nom dans le journal aura suffit à faire pardonner le fait que c'est un sale type.

On ne sait pas pourquoi, mais Adam refuse de témoigner, et quitte le tribunal avec les menottes. Jessie lui court après, car c'est bien connu, rien de tel qu'un tour au tribunal pour révéler des sentiments qu'on a jamais vu se développer dans le film (mais je crois que l'équipe du film nous pense trop préoccupés par les justaucorps pour qu'on l'ait remarqué). Cette poussée de sentiments s'accompagne également de l'apparition d'une robe sur une femme qu'on a jamais vu en porter (parce que l'amour c'est féminin, sans doute).

Et là on attend... Quelque chose ? Une scène mélodramatique ? Et on n'aura : RIEN. Adam est relâché, Jessie l'attend à côté de la voiture en lui faisant un petit sourire, et il la rejoint. Hors champ, car il est important de ne pas montrer la moindre intimité dans un film romantique, on entend Adam demander : "Où en étions-nous ?" et est-ce une question adressé à Jessie ou au spectateur pour lui signifier que lui aussi a perdu le fil, cette question ne sera jamais tranchée, car c'est la fin.

Qui nous réserve un générique plutôt mignon, dans lequel les acteurs sont en tenue de sport, en train de faire des mouvements d'aérobic. Travolta ressemble à un petit fondant au chocolat, et tout le monde est à son avantage dans cette séquence. Sauf l'actrice qui incarnait le personnage qui *faisait du sexe* avec des hommes. Parce qu'il est important qu'elle soit montrée ridicule et un peu laide, sinon les américains ont la religion qui pique.

Un petit dessert on a dit

C'était Perfect, et c'était un film inutile, qui n'avait rien à dire, mais seulement des choses à montrer. Et ce ne serait pas un problème, si c'était correctement assumé, et qu'on se concentrait sur un seul aspect du film. On pouvait choisir la peur de la solitude ou de la vieillesse cachée derrière ces corps magnifiques, ou peut être juste sur les relations dans ce collectif de gentils sportifs avec pas grand chose dans le cerveau. Ou même jouer avec la question de la promiscuité sexuelle, particulièrement mal traitée dans le film, alors qu'elle semblait au coeur du projet.

C'est un film sexy, avec des gens en tenue moulante, mais de toute évidence, on n'a pas voulu gâcher les chances du film d'attirer une audience plus large, donc on nous montre la mère de Jessie (pour en faire une femme respectable), on "régularise" les relations amoureuses par le mariage, et on humilie (mal et bêtement) les personnages qui semblent ne pas correspondre à ce schéma prude. L'histoire d'amour est un prétexte traité sans conviction, entre des acteurs qui ne semblent pas intéressés l'un par l'autre. Aucune scène n'est assez bien écrite pour crédibiliser leur romance, et la fin qui les met hors champ est un vrai raté.

L'enquête secondaire, qui vraisemblablement a semblé nécessaire au scénariste, n'est ni crédible, ni bien écrite. Je me demande s'il n'y a pas un certain sexisme derrière l'idée qu'un journaliste digne d'être le héros de l'histoire ne peut pas s'intéresser uniquement à un sujet de société. Donc on s'impose ces scènes ridicules et inutiles, qui auraient bien pu être demandées par la star pour rendre son personnage plus intéressant. Mais cette trame est intégrée sans enthousiasme, et personne n'y croit.

C'est une des choses douloureusement paradoxales de ce film : il traite d'un sujet léger et sexy, et parvient à le faire sans plaisir, sans joie, et à contre-coeur. D'une certaine manière, Perfect est un anti-film, qui annonçait des objectifs modestes, et non seulement ne les remplit pas, mais semble reprocher à son spectateur ses attentes.

Et pour finir le paysage de cette catastrophe, le scénariste-réalisateur semble ne pas maîtriser le ton de son film ou le montage, en dehors de quelques idées de photographie au début du film. L'ensemble fait un visionnage frustrant et un peu ridicule.

De ce film, il reste les looks 80's incroyables, et le gym de Barbie.

Perfect, sorti sous le titre "La parfaite forme" lors de sa sortie française, de James Bridges, 1985.

mardi 3 mars 2026

Quelques films de 2025

 

Oui, nous sommes en mars, mais je crois bien qu'on se laisse tous écraser par le quotidien. Ou n'est ce que moi (je ne crois pas, je crois qu'on se fait tous avoir par le néolibéralisme et la société capitaliste, qu'on a besoin de temps pour vivre en paix, et j'ai peur que ce soient des aspirations qui n'existeront pas en notre temps).

Quoiqu'il en soit, les Césars étaient la semaine dernière, on a vu passer les premières récompenses américaines, ce n'est pas un mauvais moment pour jeter un coup d’œil en arrière.

Quelques préférés fort peu récompensés :

Une langue universelle, Matthew Rankin, sortie janvier 2025 (Canada)

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L'incroyable et absurde histoire d'un homme qui vit dans un Canada fantomatique dans lequel tout le monde parle persan, les objets et les gens ne sont pas ce qu'ils semblent être, et les visites familiales constituent d'inexplicables aventures. Splendide et poétique, avec un absurde plein d'une nostalgie douce amère qui rappelle Calvino ou Ionesco. Le cinéma n'est jamais aussi réussi que quand il nous propose des objets étranges, qui sont des œuvres de cinéma et des œuvres d'art en tant que tel.

La Pampa, Antoine Chevrollier, sortie février 2025 (France)

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On me dit régulièrement que le cinéma français est fini, qu'il n'y a rien à voir, que des mélodrames de bourgeois du VIe ou des comédies stupides et grasses, mais je ne suis pas d'accord, il me semble qu'en ce moment, régulièrement sortent de bons petits films français, qui ont des postures originales. C'est le cas ici, avec ce drame qui se déroule dans une petite ville à quelques kilomètres d'Angers, parmi les champions de l'équipe de cross locale. Les deux héros sont meilleurs amis, en pleine adolescence, et vont devoir traverser cette période dangereuse, pleine de bouleversements, et découvrir à quel point les adultes se montrent parfois indigne de l'image rassurante qu'on leur prête. Beau film, beau propos, interprétation maîtrisée des deux jeunes premiers rôles. L'un des bons films de cette année. Le choix de titre commercial en anglais "Block/pass", me semble plus révélateur, et peut-être plus approprié que La Pampa, qui nous dit assez peu du projet.

Black dog, Guan Hu, sortie mars 2025 (Chine)

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Dans une ville en déperdition, que le romantisme et notre culture cinématographique nous fait immédiatement relier au western, un homme sort de prison, s'installe, et rencontre le chien noir qui sème le désordre dans les rues. Les deux sont sauvages et durs, mais vont finir par s'attacher l'un à l'autre. Les décors sont stupéfiants, les paysages mystérieux, et l'ensemble est romanesque : c'est un film dont on emmène l'univers avec soi. Étonnant pour un réalisateur qui a principalement fait du cinéma d'action (mais dont on note le nom).

Ce n'est qu'un au revoir, Guillaume Brac, avril 2025 (France)

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Deux histoires filmées côte à côte, dans lesquels Guillaume Brac filme des adolescents avec sa bienveillance et sa délicatesse singulières. Les premiers sont les internes d'un lycée dans la Drôme, qui ont trouvé les uns avec les autres une seconde famille et on recréé ensemble une sociabilité protectrice. Mais voilà, l'été arrive, et en septembre, il faudra se séparer : les jeunes cœurs sont aussi tristes que ceux des spectateurs touchés. Les secondes sont deux jeunes filles de Hénin-Beaumont, à fleur de peau et perdues dans les affres des intenses amitiés adolescentes. Dans les deux parties de cette jolie œuvre, le réalisateur nous montre des adolescents magnifiques, terriblement touchants : c'est l'art du portrait (d'abord des différentes parties d'un beau collectif, puis de deux individualités fragiles et bouillonnantes) à son meilleur. Mon affection pour le cinéma de Guillaume Brac n'a pas de fin.

Partir un jour, Amélie Bonnin, sortie mai 2025 (France)

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J'ai parlé plus haut du cinéma français, voici une comédie dramatique avec un petit charme doux. Notre héroïne est une cheffe parisienne qui va devoir se confronter à un retour en province, dans le restaurant routier de ses parents (oui c'est un trope de comédie romantique). Elle va évidemment retrouver le beau gosse dont elle était amoureuse en lycée, et une situation pleine d'hésitations va s'installer. C'est un film confortable, on s'y sent bien comme avec des copains, et la chanson éponyme susurrée par Juliette Armanet en résume parfaitement les charmes.

Ghostlight, Kelly O'Sullivan, avril 2025 (États-Unis)

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Éprouvé par un deuil plus grand que lui, un père de famille puise dans sa participation au Roméo & Juliette du club de théâtre local, la force de survivre à sa peine. S'il n'est pas fabuleusement subtil, Ghostlight parvient à démontrer avec une grande efficacité (et beaucoup d'émotion) le pouvoir salvateur de l'art et du collectif sur les plaies de l'âme.

Sirat, Oliver Laxe, septembre 2025 (France, Espagne)

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Dans le milieu des rave parties, un père et son fils recherchent le troisième membre de la famille, leur fille et sœur, disparue récemment. Cette quête les entraîne de soirées en soirées dans une épopée désertique qui semble infinie, et leur fait rencontrer un groupe de personnages fabuleux. Il y a beaucoup de choses à aimer dans Sirat, et la moindre n'est pas le choix délibéré du réalisateur de traiter son histoire comme une parabole pleine de symboles. À partir de là, la narration choisit des détours imprévisibles et soumet le spectateur à des surprises auxquelles il n'était plus habitué. Les images, qui semblent régulièrement faire hommage au travail du dessinateur de bande dessinée Moëbius, et la musique minimaliste, nous plongent dans un univers onirique troublant. Ce film aurait pu être une bande dessinée de la collection À Suivre dans les années 70, et je pense qu'on aurait tout intérêt à continuer à s'intéresser aux créations d'Oliver Laxe.

J'ai aussi vu quelques films plus anciens, mais cet article est déjà long. Parmi mes coups de foudre immédiats on trouve donc Snake Eyes (Brian de Palma, 1998, immense plaisir visuel et film généreux avec son spectateur), Rosita (Lubitsch, 1923, qui m'a fait comprendre le fanatisme des cinéphiles pour les vedettes du noir et blanc avec la beauté surréelle de Mary Pickford), Body Double (De Palma, 1984, fantaisie jouissive où De Palma fait *n'importe quoi* et je ne l'en aime que plus), Les incorruptibles (De Palma, 1987, La scène de l'escalier ! Vous saviez, je ne savais pas, quelle joie de la trouver là !), Amadeus (Milos Forman, 1984, une splendeur, j'en suis encore émerveillée, j'y reviendrai encore et encore), Les Diables (Ken Russel, 1971, j'aime sans fin ce film fou mais Ken Russel est mon chouchou), Compartiment n°6 (Juho Kuosmanen, 2021, mon coup de cœur de cette année, que je reverrai, et qui fait, avec Anora, que je crushe respectueusement sur les personnages interprétés par Iouri Borrisov).

C'était une bonne année de cinéma. J'espère que 2026 sera aussi satisfaisante.

Les nombreux défauts de Perfect (James Bridges, 1985)

  (Avertissement : attention ceci est un long article pas tout à fait réussi, provenant du live-watching sur Mastodon d'un mauvais film ...