dimanche 16 mars 2025

Curiosités de février 2025

 Oui, on est déjà mi-mars, je sais.

Ce mois a été placé sous le signe des fantômes, avec deux vintage et un excellent essai :

Burnt offerings, Robert Maresco, 1973

Ce roman de fantômes, chéri par Stephen Graham Jones, et dont la rumeur veut qu'il ait inspiré le Shining de King, bénéficie en France d'une réédition en poche, avec une belle couverture, une préface de S.G. Jones, et l'espoir de faire un hit de ventes avec un vieux texte poussiéreux, en capitalisant sur la mode du roman de fantômes. Lectorice, ne perdons pas de temps : le roman n'en vaut pas la peine, il a mal vieilli par de nombreux aspects (sa vision de la femme, notamment, même si le personnage de la tante est au début très satisfaisant). Son fantastique est bien moins subtilement manié que chez King ou Jackson, et là où la maison est chez les meilleur-es auteurices un personnage, ici c'est un décor plat. Robert Maresco a beau essayer de calquer son récit sur ce que devrait être un roman de maison hantée, il ne comprend pas les cordes sur lesquelles il tire, et fait perdre au récit la profondeur nécessaire. Quitte à citer un roman qui sait ce qu'il fait de sa maison, lisez plutôt Starling House d'Alix E. Harrow, un young adult bien plus au fait des mécaniques de ce genre de récit. 

Shining, Stephen King, 1977

 Un peu énervée par ma lecture précédente, et intriguée par l'avis d'un ami qui me disait redécouvrir Shining grâce à sa nouvelle traduction française, enfin complète, j'ai succombé et lu Shining en VO. C'est excellent, et Stephen King est aussi bon pour raconter les personnages que construire une hantise glaçante, en donnant juste les sales morceaux d'histoire de l'Overlook qui nous terrifient, nous intrigent et attisent notre curiosité. Contrairement au livre précédent, l'histoire de l'Overlook est crédible, ce qui lui donne d'autant plus de poids lors des attaques des personnages principaux. C'est une maison malveillante, mais ses laides motivations sont cohérentes. Un des grands récits de hantise classiques, selon moi.

 Hauntology, Merlin Coverley, 2020

Ce livre est entre autres choses la raison pour laquelle je suis si en retard à publier : j'ai l'habitude de lire en anglais, mais des essais aussi denses et plein de références, pas vraiment. Coverley est pourtant très accessible, mais il est suffisamment passionnant pour demander notre attention pleine et entière, ressource rare de nos jours.Vous vous souvenez peut-être de Psychogéographie ! qui avait été traduit aux Moutons électriques et nous avait permis de découvrir cette inspirante discipline anglaise, héritière des situationnistes. Hauntology reprend un concept provenant du philosophe Jacques Derrida, "l'hantologie", pour en retracer l'histoire et en présenter des exemples. Il s'agit de la fascination pour les fantômes issus du passé dans les œuvres créatives, qui pourrait être lié aux bouleversements trop rapides de la notion du temps chez les victoriens (première partie du livre, où l'on cite un bataillon d'auteurs classiques), à la disparition d’alternatives politiques longtemps considérées comme des futurs possibles (et notamment un célèbre fantôme qui hante l'Europe), aux difficultés à conceptualiser un futur désirables alors que le présent contient de plus en plus de monstres (placer ici une autre citation connue d'un penseur italien sur ce nouveau monde qui peine à émerger). Le concept d'hantologie, qui a les deux pieds dans les sciences sociales (philosophie et science politique notamment) semble fonctionner dans les mains de l'auteur comme un outil d'analyse pour la critique d’œuvres, d'autant plus que Merlin Coverley l'utilise immédiatement pour éclairer diverses œuvres littéraires et cinématographiques.

De cette causerie brillante ressortent des auteurs à lire, dont : le critique musical Simon Reynolds (Retromania - j'avais déjà lu par hasard Rip it up and start again, sur le post punk), l'écrivain Mark Fischer (K-Punk, musique et politique dans le capitalisme tardif), l'artiste Sarah Grace Ford (fanzine Savage Messiah). Et si l'envie de creuser encore naît de la lecture, la bibliographie dense et bien réalisée prend le lecteur par la main.

 Pour en lire plus sur ce concept, quelques liens :

l'article dédié sur Wikipédia

Un article de Banzine mag

Un film en particulier :

 La Pampa, Antoine Chevrollier

L'adolescence trouble et l'amitié forte entre deux jeunes amateurs de motocross, dans un village des pays de la Loire. C'est une réussite, avec une caméra placée avec soin (notamment une scène de course filmée au drone et je le soupçonne fort, à la Go Pro), et des performances d'acteurs pleines de finesse. Le film est à fleur de peau, tout autant que ses jeunes protagonistes, et laisse ses spectateurices ému-es. Le scénario, très délicat et qui évite les clichés, est de Faïza Guène. Quand je vois des films aussi réussis, je me dis que le cinéma français vit encore.

Des podcast et des vidéos :

Le féminisme est-il une utopie, Michèle Riot-Sarcey

https://www.youtube.com/watch?v=7wXcH8XlCrQ

Les allemands et leur monnaie : l’obsession d'une vertu, avec Yohann Chapoutot

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/les-allemands-et-leur-monnaie-l-obsession-d-une-vertu-1407506

You must remember this, saison "The Black list" sur le Maccarthysme :

https://www.youmustrememberthispodcast.com/episodes/2016/06/21/blacklistarchive

Sugar, spice and more spice : let's talk about Booktok, Funky Frog Bait 

https://www.youtube.com/watch?v=-EzLk6BrzxQ

Curiosités de février 2025

 Oui, on est déjà mi-mars, je sais. Ce mois a été placé sous le signe des fantômes, avec deux vintage et un excellent essai : Burnt offering...